Timotée Joly, au bienveillant Lecteur ; Au sujet des critiques. Les Contemporaines volume V (1780-1781). — On s’est trompé sur l’idée qu’on s’est formée d’un Livre, qui ne se vend pas sous le manteau.
Timotée
Joly, au bienveillant Lecteur ;
Au
sujet des critiques. (+)
Les circonstances
m’obligent, honorable Lecteur, d’avoir un entretien avec vous, sur la Suite de
ces Nouvelles. Les Quatre
premiers Volumes ont essuyé des
critiques violentes ; mais ils ont eu aussi leurs Partisans, et même leurs
Enthousiastes, jusque parmi les Journalistes.
J’avouerai
d’abord, que j’ai été surpris de l’idée qu’on s’était formée de l’Ouvrage sur
le titre : Un Homme de haute-naissance disait au Libraire : — J’ai parcouru les
Contemporaines, et je n’y ai pas trouvé une seule Anecdote connue :
Ces histoires peuvent être intéressantes ; la morale en est sévère, sans
affectation : Mais le titre annonce toute autre chose ; et bien des Gens,
trompés dans leur attente, décréditeront cette Production.
J’étais présent ;
je répondis :
— On s’est trompé
sur l’idée qu’on s’est formée d’un Livre, qui ne se vend pas sous le manteau.
Je n’ai pas entendu publier la Chronique scandaleuse de notre siècle, mais des
Histoires réelles, prises dans toutes les classes de la Société : loin d’avoir cherché
à repaître la malignité, qui s’attache particulièrement aux Grands, j’ai
déguisé certaines Avantures singulières, dont les Héroïnes étaient des Femmes
de la première qualité, en les plaçant dans une condition moyenne. Lorsqu’une
Avanture est bourgeoise, elle demeure inconnue, et elle ne blesse Personne ; ou
si elle porte coup, il est sans éclat, comme la condition des Héroïnes ; et
cependant le but moral n’en est pas moins efficacement atteint. Les Avantures
des Gens-qualifiés, au-contraire, seraient universellement reconnues, si on les
donnait sans le déguisement de la condition ; Toute la France, toute l’Europe,
le Siècle présent, et les Siècles futurs sauraient, que telles et telles Dames
donnèrent dans tels et tels travers, etc. — Vous avez raison, dit une autre
Personne-de-marque ; aussi qu’une Bourgeoise historisée dans ces Nouvelles,
fût-elle reconnue de tout son quartier dans le moment où le Livre paroît, ne
peut manquer d’être bientôt oubliée. Il n’y a donc pas de parité, entre écrire
l’histoire d’un Grand, et celle d’un Bourgeois ; En-déguisant, comme vous le
faites, les Historiettes des Dames-de-qualité, vous serez moins lu ; cependant
vous le serez, car le livre se vend mieux que toutes les Productions éphémères
et châtiées qu’on publie depuis dix ans.
Je vais plus loin,
et je soutiens, qu’eussé-je fait ce qu’on attendait de mon titre ; eussé-je
employé ce ton léger, que Crébillon a mis à la mode, et que tant d’Écrivains
ont si maussadement imité, je n’aurais pas eu un succès beaucoup plus
considérable. Un Homme-d’esprit me disait hier 11 mai 1780 ; — Je le lis
toujours, avec quelque plaisir, et sans une certaine lassitude que j’éprouve
ailleurs, les Ouvrages comme les vôtres. Je tenais à l’instant des Lettres de
Dorat (il ne put me dire le titre) ; ce sont de jolies phrases, pleines
d’esprit ; cela est dit de la manière la plus élégante, la plus agréable ; mais
qu’y a-t-il de jolis riens : j’ouvre votre livre ; c’est un Demi-sauvage, qui
n’y parle en choses, sans presque s’occuper des mots : mais il me reste des
idées, lorsque je le quitte : il semble, en vous lisant, dans vos Productions
les plus foibles, que vous n’avez pu tout dire ce que vous montrez ; mais vous
le montrez, et la lecture de vos Ouvrages doit être toujours agréable pour un
Homme-d’esprit : j’ai même vu des femmes qui vous idolâtraient, malgré ce Livre
; les Gynographes qui vous a fait plus d’une ennemie. N’hésitez donc pas à
publier vos Nouvelles : vous aurez des Critiques ; et cela doit être : vous
n’êtes pas de votre siècle : Je doute même que vous ayez eu l’éducation
ordinaire : vous êtes trop loin de toutes les manières connues, pour avoir été
élevé comme nous. Je ne connois Personne qui vous ait mieux connu et mieux
apprécié, que m. Sautereau De-Marsi, pour lequel j’ai conçu depuis long-tems
beaucoup d’estime, à cause de sa fermeté à résister au torrent. M. l’Abbé De-Fontenay
ne vous a pas non-plus jugé partialement ; au-contraire, il vous rend justice ;
et j’avouerai, que j’attendais avec curiosité ce que nos Journalistes diraient
d’un Auteur de votre espèce. J’ajouterai que me trouvant un jour chez feu m.
De-Crébillon, Quelqu’un lui dit que ses Lettres Athéniennes étaient celui de
ses Ouvrages où il avait mieux peint le Grand-monde. — cela ne s’est pas venu,
répondit-il ; j’avais fait cet Ouvrage pour nos Seigneurs ; il est
presqu’inintelligible pour d’autres. Mais est-ce que ces…… la lisent ?
Enfin, l’Homme,
que j’ai toujours voulu peindre, n’est pas plus le grand Seigneur, que le
Malheureux abruti ; ce Dernier est une Bête-de-somme-humaine, plutôt que
l’Homme ; l’Autre un Sylphe, ou une Sylphide, un je-ne-sais-quoi. Pour être
Homme, il faut avoir exercé ses facultés intellectuelles, non à courir après
les plaisirs, ou pour sa propre conservation et satisfaire aux besoins de
première nécessité, mais pour se faire un sort et se donner une existence ;
sans cela l’homme n’acquiert jamais ce développement capable de produire les
Corneille, les Racines, les Molières, les Voltaires, les Rousseaux, les Montesquieu,
les Buffons, et tant d’autres Écrivains estimables de nos jours, qu’il serait
trop long de nommer : sans l’exercice libre et aisé des facultés, l’esprit
reste dans une sorte de mollesse, comme nous en avons un exemple frappant dans
les Ouvrages du *****, où il y a tant de volatilité, qui effleure tout, sans
pouvoir jamais se consister. Qu’on me passe ce mot qui nous manque. Pour
peindre l’Homme, il faut donc nécessairement prendre celui du milieu : ainsi
l’on aura dans cet Ouvrage, non l’histoire de nos Sylphides, déjà tant donnée ;
mais celle des Françaises du XVIIIe. siècle ; celle de la Nation en général,
dans la condition où elle fait corps, où sont les mœurs sociales, et peuvent
s’attribuer généralement.
Mais en-voilà
peut-être trop là-dessus : il me reste des choses plus importantes à dire au
sujet des Quatre Volumes déjà publiés, et des Quatre qui paroissent
aujourd’hui, pour mettre le doigt sur le but moral. Je commence par ceux-là.
Parmi les
nombreux Lecteurs qu’a eu l’Ouvrage, les Uns l’ont jugé un Roman ; et les
Autres ont prétendu reconnoître les Personnages. Je n’ai rien à répondre aux
Premiers : qu’ils aient la complaisance de lire ce que je vais dire aux
Seconds.
Messieurs les
Applicateurs : Je déclare qu’il en est parmi vous qui sont respectables, et
dont les applications ont été sans malignité ; c’est votre plus grand nombre :
mais il s’en est trouvé Quelques-uns dont les vues n’ont pas été aussi pures,
et c’est de Ceux-là dont je me plains à eux-mêmes.
La première
Livraison est de 28 Nouvelles.
La I.re ; intitulée le Nouveau-Pygmalion, ou la
Fille-ouvrage de la générosité, ne m’a fait de querelle avec Personne ; je m’y
attendais cependant : il y a apparence, qu’on n’a rien appliqué. Il est vrai
qu’elle est très-déguisée, sans que j’aie presqu’rien ôté de ce qu’avait inséré
Celui de qui je la tiens. C’est un trait de bienfaisance charmant, et qui n’est
pas unique dans ces Nouvelles.
La II.de ( Il
a perdu la mémoire, ou l’Épouse institutrice ), est un trait historique
délicieux, mais que je n’ai pas rendu avec autant d’intérêt que j’en avais mis
en le racontant à un Ami, avant de la rédiger. Cette Historiette est peu
connue, et je n’y ai rien changé que la condition et les noms des deux Héros.
J’ai mis la
III.me ( N’importe Laquelle ), à Paris, et elle est arrivée dans une Ville de
Normandie : Voilà tout le changement que j’y ai fait : je le déclare, pour
faire tomber les applications. Mais elle était charmante, comme on me l’avait
contée : je l’ai encore trouvée inférieure à ce que j’en espérais en la
relisant.
La IV.me ( La
Soubrette par amour ), est arrivée à-la-lettre ; mais l’Héroïne était une
Jeune-veuve de Province, venue nouvellement à Paris, nommée la Marquise d’Asné.
Quant à la
V.me ( la Petite-amoureuse ), je la tiens de m.me Priès ; je l’ai rendue moins
prolixe dans la seconde édition. Comme elle est très-récente, elle est à-peine
terminée.
Je serais heureux
si la VI.me ( la Grisette épousée ), n’avait pas eu d’application ! les Méchans
l’ont attribuée d’une manière aussi outrageuse, qu’aveuglément méchante, à une
Femme connue, qui n’y est pour rien : La véritable Héroïne demeure dans le Marais,
et Celle à qu’on l’a prêtée, dans un quartier absolument différent. Un
Particulier vint un-jour me dire à l’oreille : — Voilà bien le trait de m.me
Telle, avec m.r T**. — J’ignore si m.me Telle connoît un m.r T** ; et je n’ai
pu le savoir ; je le prouverai aisément.
( II.d. Volume ).
On a reconnu l’Héroïne de la VII.me ( L’Honneur éclipsé par l’Amour ) ; c’est
un trait que tout le monde a su dans le temps ; mais Personne ne s’est plaint :
qu’aurait-on dit ?
La VIII.me ( La
Fille-de marchand et le Garçon de boutique ) était signée du Principal de ses
Personnages. On y voit, comme dans la Dédaigneuse, la conduite d’un excellent
Père, et d’une Fille décente.
La IX.me ( La
Fille échappée ), était arrivée sous mes yeux, et mon meilleur Ami a recueilli
la Jeune échappée, qui allait se perdre, si elle n’était pas tombée entre les
mains d’un Homme aussi honnête.
Je ne dirai rien
de la X.me ( Les vingt Épouses des vingt Associés ), qui n’a été qu’un essai
réel, et dont la cause est telle que je l’ai rapportée.
J’ai fait beaucoup
de changemens dans la XI.me ( La Jeune-Demoiselle et le petit Aventurant ), qui
montre tout ce que peut un amour vertueux : elle est une de celles dont le fond
est le moins altéré. On en a fait des applications qu’on a crues faciles.
Quant à la XII.me
( Le Garçon fille ), elle est arrivée trois fois, et de trois manières
absolument différentes, comme on peut le voir à la fin du Tome II de la seconde
édition.
Le III.me Volume
commence par la XIII.me Now. intitulée La Fille-garçon : Elle est arrivée
plusieurs-fois à Paris, et j’en connois un exemple d’une Jeune-personne qui se
fit Garçon-marchand-de-vin, dont on aurait pu tirer parti. J’ai préféré celle
dont les Personnages étaient plus relevés.
La XIV.me ( La
**** ), est une Histoire arrivée en Lorraine. On me l’a reprochée ; d’Autres
l’ont trouvée intéressante par le mystère qui y règne d’un bout à l’autre.
Quelqu’un s’est voulu informer de la vérité ; on l’a facilement trouvée.
La XV.me ( La
mort-d’amour ), est arrivée mille fois. J’ai préféré un trait bourgeois, commun
et récent. On m’a fait une querelle pour le nom du Jeune-homme : Ceux qui me
l’ont faite apprendront par cette Préface, que j’ignorais encore leur nom,
lorsqu’on l’imprima.
Je ne dirai rien
de la XVI.me ( Le Mariage caché ), les Héros m’en étant absolument inconnus ;
ainsi les applications ont plutôt excité ma curiosité, qu’un autre sentiment.
Le trait qui fait
le sujet de la XVII.me ( La Fille attrapée ), où l’on voit une Demoiselle dupe
de son ambition et de sa vaine gloire, épouser un Aventurier, n’est pas rare,
surtout à Paris : il en est même de plus-saillans. J’ai préféré celui que je connoissais
plus sûrement que les autres, et que je tenais d’un Parent.
Il en est de même
de la XVIII.me ( L’aimable Hôtesse et son Pensionnaire ) : la leçon-de-morale
qu’elle renferme, est de la plus grande utilité. On a fait ici une application
cruelle pour l’Éditeur, faute de réfléchir que des faits de ce genre arrivent journellement
dans un pays, où les Femmes sont aussi provocantes par l’élégance de leur mise,
leurs manières agréables, leurs grâces et leur affabilité, que celles de la
Capitale.
XIX.me ( La Fille séduite ) :
J’ai déguisé cette Avanture, au-point de la rendre méconnaissable, à-cause de
son atrocité.
Pour la XX.me ( Le Mari-à-l’essai ),
je puis en attester l’authenticité : J’ai pour cette Nouvelle une sorte de
prédilection, à cause de l’estime que m’a inspiré son Héros.
( IV.me Volume ).
La XXI.me ( La Femme-à-l’essai, ou la
Jolie-Gouvernante ), s’est réalisée
sous mes yeux, depuis la première édition : l’Héroïne de cette Nouvelle a été
traitée de Lavasse d’écuries par une Marquise provinciale. Je trouve le mot si
dur, même pour ma bouche, que je n’ose l’écrire en toutes lettres : le Public en
a jugé plus avantageusement, et la Jolie Gouvernante a paru très-aimable.
La XXII.me ( L’Attente trompée ),
est l’Histoire singulière d’un Père qui, après s’être ruiné totalement, maria
avantageusement ses Filles par sa fermeté, en ne se découvrant pas lui-même. On
l’a critiquée vivement ; mais il faut s’en consoler, sous la protection de la
vérité. ( Je sais deux Histoires semblables, outre celle que j’ai mise en
Nouvelle ).
Je connois la Mère
de l’Héroïne de la XXIII.me Nouvelle ( La
Fille naturelle ), femme d’autant
plus estimable, qu’on l’avait mise dans la route de ne l’être pas.
La XXIV.me ( L’Amazone ), ou doit
être arrivée plusieurs-fois, où elle a bien des versions différentes ; j’ai
pris un fait particulier, et moins connu que le trait célèbre que tout le monde
raconte.
Celle-ci ( la
XXV.me, La première inclination ), me paroît très-agréable : Elle marque à quel point
un cœur honnête conserve la première impression qu’a faite sur lui un mérite
réel. J’en ai connu l’Héroïne : Elle avait une Sœur-cadette fort-aimable, dont
je n’ai rien dit, pour que l’intérêt ne fût point partagé.
La XXVI.me ( Le Premier-amour ),
est éloignée du genre ordinaire : Ce sont d’autres mœurs, et un autre climat ;
elle donne une idée du véritable amour dans nos Villages : Il n’y est même pas
fort-commun, tel qu’il s’est décrit.
Quant à la
XXVII.me ( La Femme au mari
invisible ), j’ai été témoin d’une
Avanture pareille, rue d’Ablons, faubourg Saintmarcel.
Enfin, la
XXVIII.me ( La mauvaise Mère ), où les applications étaient le plus à craindre,
n’en-a eu aucune : Elle est cependant une des moins déguisées ; mais les traits
odieux qu’elle contient ont été de nature, pour la plupart, à demeurer
ensevelis dans le secret. Le plus grand nombre de ces Nouvelles ont éprouvé des
corrections heureuses à la seconde édition.
Il faut maintenant
dire un mot des XXIV Nouvelles, qui forment les IV présents Volumes.
La XXIX.me ( La Bonne-Mère ), est
en tête du V.me Volume, qui, avec le VI.me, formera le Tome III. le sujet
en-est pris dans la Bourgeoise, parce-que je crois que le modèle n’en peut
exister que dans cet ordre de Citoyens, ou dans celui d’un cran au-dessus.
XXX.me ( La Surprise de l’Amour
) : Ce trait est encore pris dans la classe du milieu : Ç’aurait été tout autre
chose avec une Coquette de la haute-volée : Mais une Duchesse honnête ne se fût
pas comportée autrement. Ce trait est arrivé à Un de mes Amis.
XXXI.me ( La Bonne-Bellemere ).
J’ai regardé cette Nouvelle comme très-utile par son but moral, et l’excellent
exemple qu’elle donne : On a été forcé de la prendre aussi dans la classe
moyenne : Le but d’utilité que l’Auteur s’y propose, l’y obligeait.
XXXII.me ( Le Joli-pied ). Le
sujet de cette Nouvelle paraît d’abord assez futile ; Mais on y trouve des
choses très-importantes, puisqu’elles peuvent contribuer au bonheur, et qu’on y
indique aux Femmes un moyen facile de plaire plus long-tems.
XXXIII.me ( Le Crime dupe de lui-même ). Le sujet de celle-ci ne pouvait absolument être pris, avec utilité,
que dans une condition commune ; quoiqu’on en ait des exemples dans les classes
plus élevées.
XXXIV.me ( Le Mari-Dieu ).
J’avais plusieurs sujets pour cette Nouvelle, pris dans les hautes-conditions ;
mais j’ai préféré le plus honnête ; aucun des autres n’ayant un but légitime.
On verra que j’y vais toujours à mon but moral, qui est, que plus un Mari est
respecté de sa Femme, plus ils sont heureux l’Un et l’Autre. Cette Nouvelle est
une des plus agréables, et les Héros en sont plus relevés qu’ils ne le
paraissent.
La XXXV.me ( La Femme déesse ) est
à la tête du VI.me Volume. On n’était encore ici embarrassé que du choix ; j’ai
préféré le trait où l’Héroïne, en s’abaissant jusqu’à son Domestique, ne fait
heureusement que couronner le plus tendre des Amans, son égal par la naissance
et par la fortune. Cette Nouvelle paraît aller contre mon système ; j’avertis
qu’il n’en est rien. J’ai toujours prétendu qu’il faut adorer la Femme, pour
être heureux ; tout comme j’assure, qu’il faut que Celle-ci soit ignorante et
soumise : Cette ignorance que je veux dans les Femmes, n’est d’ailleurs dans
mes idées, et dans la réalité qu’un accessoire de la soumission.
XXXVI.me ( L’Épreuve, ou le Jaloux guéri ). J’ai voulu donner ici des avis aux Hommes plus-âgés que leurs
Femmes, qui se trouvent enclins à la jalousie : Enflammé de l’amour de
l’humanité, je n’ai en-vue que le bonheur du Genre-humain, dans mes productions
les moins importantes, en apparence. Cette Nouvelle, fort-inférieure au mari-Dieu, tend au
même but, par une autre route.
XXXVII.me ( La Jolie-Laideron, ou ce qui plaît aux hommes ). Le fond de cette Nouvelle est également utile et
consolant pour certaines Jeunes-personnes ; et ne peut que les porter à vaincre
les obstacles que la Nature a laissé subsister en elles, au but légitime de
l’existence des Femmes, plaire. Quant aux faits un-peu extraordinaires, je n’ai
que ma réponse accoutumée, ils sont vrais.
XXXVIII.me ( La Belle-Laide, ou la Délabrée ). C’est le même but que dans la précédente ;
quoiqu’au premier coup-d’œil, l’utilité en paraisse moins-générale : il se
trouve plus de Femmes qu’on ne l’imagine, dans le cas de la Délabrée.
D’ailleurs, le trait, quoiqu’absolument vrai, est tellement déguisé dans la
condition et dans les noms des Héroïnes et de leurs Maris, qu’il ne peut y
avoir lieu à la plus légère application.
XXXIX.me ( Le Modèle ). Avec la
liberté dont jouissait Boccace, cette Nouvelle aurait été très-plaisante. Mais
nous sommes devenus des Puristes, dont les oreilles sont d’autant plus chastes
que les cœurs et les mœurs le sont moins. Aussi, on y voit la conduite d’un
jeune Seigneur honnête-homme, mais peu scrupuleux ; d’un Artiste, qui ne s’est
cru amoureuse que de son art et qui n’a pu tromper la nature ; d’une Mère
intéressée ; et enfin d’une Jeune-fille vertueuse, qui préfère le choix de son
cœur à la fortune.
XL.me ( Les Crises d’une Jolie-fille ). Ces Crises sont au nombre de cinq principales, qui ont chacune une
estampe : La première est la Contrainte ; la seconde, la Fuite ; la troisième,
les Libertins ; la quatrième, l’Amant respectueux ; la cinquième, le Choix
entre deux Amans égaux en mérites et en services : Cette Nouvelle est remplie
d’une morale en-action très-saine, et propre à faire le bonheur des Parens et
des Filles.
La XLI.me ( Le Mariage rompu ) ;
commence le VII.me Volume et le Tome IV. Tout le Royaume a retenti d’une
Histoire pareille à celle-ci ; J’ai préféré un fait plus-récent et certain,
chargé des circonstances que je rapporte, et peignant des mœurs qu’il est utile
au commun des Lectrices de connoître.
XLII.me ( La Jolie-voisine ).
Cette Nouvelle a en partie le même but que la précédente ; mais exprimé d’une
manière absolument diverse, comme on le verra par les détails.
XLIII.me ( La Mère qui fait un Amant pour sa Fille ). On trouve ici quelque-chose d’absolument neuf et
très-agréable : Je mets cette Nouvelle au même rang que le Mari-Dieu ; elle ne
lui est pas inférieure. Cependant pour conseiller à une Mère jolie d’employer
la même méthode, il faudrait être sûr d’avoir affaire à un Jeune-homme
vertueux, et qu’elle-même eût les sentimens de m.l. Duguai-Tix*.
XLIV.me ( Le Mari père, ou ce qu’il faut aux Femmes ). Il est aisé de voir que dans cette Nouvelle, je me
suis livré à mon système favori, avec une espèce d’excès : En-effet, je n’ai
jamais tant raisonné, moralisé, discouru, ni si fortement. C’est que ce Père
c’est moi-même.
XLV.me ( L’Épouse-mère ).
Cette Nouvelle prouve que je suis le plus zélé Partisan des Femmes, que je les
respecte, que je les honore, et que je leur rends justice : Les détails en sont
charmans, la morale excellente, et elle fait le pendant de la Femme-déesse, à
laquelle elle est quelquefois supérieure.
XLVI.me ( La Femme vertueuse malgré elle ). Dans cette Nouvelle, qui fait pendant avec la Délabrée, sans avoir
en tout le même but, je mets en action naturelle et réelle, ce que m.r
De-Marmontel a très-ingénieusement exprimé dans un de ses Contes : je cite cet
exemple de comparaison, pour mettre l’honorable Lecteur à-portée de placer en
opposition l’Ouvrage d’un Écrivain de beaucoup d’esprit, d’un goût épuré, comme
m.r De-Marmontel, qui a travaillé d’imagination, et moi, qui écris ce que j’ai
vu ou su, en négligeant tous les ornemens de la fiction : La différence ne
saurait être plus considérable. Mais aussi, elle dépose absolument en-faveur de
ma scrupuleuse véracité.
La XLVII.me ( La Vertu inutile ),
par laquelle commence le VIII.me Volume, est liée avec la précédente : Deux
Sœurs, assez connues, si je les nommais, en sont les Héroïnes. Mais un voile
épais les cache aux yeux du Public : Des faits pareils ne peuvent qu’intéresser
beaucoup par leur singularité : quant au but moral, il résulte de l’ensemble ;
il n’est aucune Lectrice qui, en l’achevant, n’aime davantage ses devoirs, ou
ne se repente de les avoir violés. On y verra aussi quelle attention un Mari
doit apporter à ne pas exposer la vertu de son Épouse.
XLVIII.me ( Le Beaufrère amoureux
). Cette Nouvelle ressemble un-peu, par le fond du sujet, à l’ancienne Inclination
et au Premier Amour ; mais les détails en-différent absolument : Elle
présente un moyen de consolation aux Amans, qui n’ont pu obtenir l’objet de
leur tendresse.
XLIX.me ( La Foiblesse punie par elle-même ). J’ai vu deux traits semblables, et j’ai observé
que les Héroïnes étaient des espèces de monstres, qui ont fait ensuite de
très-mauvaises Épouses, et de plus mauvaises Mères : Celle de la XLVIII.me
Nouvelle, et la Mère de la LXV.me, qui commence le XI.me Volume, étaient dans
ce cas. L’Épisode des Trois-d’orp, inséré dans cette XLIX.me Nouvelle, prouve
une vérité, c’est qu’une femme capricieuse est capable de tous les vices. Voyez
encore dans le XII.me Volume la LXXII.me Nouvelle, intitulée la Capricieuse.
L.me ( La Mère soupçonneuse, ou la Fille de mon Hôtesse ). Le but moral est ici le même, déjà si fortement
exprimé dans la XVIII.me, intitulée La
belle Hôtesse et son Pensionnaire :
Il est impossible de retenir le cœur d’une Jeune-personne, qui voit tous les
jours un Homme aimable. C’est un avis important donné aux mères.
La LI.me ( La Maîtresse infirme, ou l’Amour médecin ), exprime une autre vérité importante, c’est que
pour les maladies chroniques, et même la folie, le meilleur des régimes, c’est
la douceur, la complaisance de Ceux qui environnent les Malades.
LII.me ( La Dédaigneuse, ou la Fille qui sent ce qu’elle vaut ). On voit par le sous-titre, dans quel sens je
traite ce sujet, qui a plusieurs faces ; mais peut-être n’ai-je pas trouvé sous
ma main les faits qu’il me fallait, pour le présenter sous l’acception la plus
générale ; et c’est encore une preuve de ma véracité. Cette Nouvelle,
d’ailleurs, n’est que la préparation à une autre très-intéressante, intitulée le Père-Valet, ou l’Épouse aimée après sa mort, par où doit commencer le IX.me Volume.
J’ai cru cette
revue nécessaire, pour rendre plus sensible, dans quel esprit j’ai recueilli
tant de faits. Je ne me permets qu’un mot, pour achever de répondre à
l’éternelle critique de la vulgarité des Personnages (*).
D’abord, je suis
surpris, comment Ceux qui répètent toujours cette trivialité n’en rougissent
pas ! Dans notre siècle, plus-que jamais, et sur-tout depuis la glorieuse
révolution d’Amérique, et la généreuse confédération d’Irlande, toutes les
classes de la Société sont également à considérer : Voyez ce que fait le peuple
en Amérique, et sur-tout en Irlande ! tous les Hommes sont des Hommes !
Malheur sur Celui qui se croit des Inférieurs ! Ce que je ne prétens pas dire
pour détruire toute subordination ! loin de moi cette pensée ! mais seulement
pour établir cette grande vérité, Que l’inégalité qui existe entre les Hommes,
n’est qu’un rêve, et qu’il faut tâcher d’éveiller les Égoïstes et les Superbes,
au lieu de les endormir dans leurs ridicules préjugés : Les Hommes, j’ose le
dire, ont un Père-de-la-Patrie, des Magistrats, et point de Maître.
En second lieu,
j’avance, que malgré l’opinion contraire, les Personnages d’une condition
ordinaire sont plus intéressans que ceux pris entre les Princes, qui tiennent
moins à nous. J’ai observé à cet égard, que les Histoires de Pyram & Thisbé,
de Léandre & Héro, sont les plus intéressantes de tous les traits
pareils, que rapporte Ovide, & qu’elles vont bien autrement au cœur, que si
l’apparat de la grandeur eût accompagné les Héros ; il y a plus de naturel,
plus d’humanité, pour ainsi dire. Je pense que le peu de succès qu’ont toujours
eu ces deux Avantures, mises en Tragédie ou en Opéra, vient de ce qu’on a voulu
les *princi-*per, ou élever les Personnages au-dessus de leur condition ; ce
qui a mis de la langueur et de la fadeur dans le tissu. Nous avons beau-nous
faire illusion, nos Tragédies ne nous touchent que fort peu ; encore a-t-il
fallu pour cela, tout l’art des Corneille, des Racine, des Voltaire : pour
Crébillon, il touche d’une autre manière ; il effraie. Aussi regardé-je nos
Tragiques qui réussissent véritablement, comme trois-fois habiles, comparés aux
Auteurs comiques, tels que Dorat, m.r Cailhava, etc. La preuve qu’il est plus
facile d’intéresser pour des Hommes ordinaires, que pour des Princes, c’est
qu’un Personnage d’une vertu rare, vienne au milieu de ces Princes, il nous
touche infiniment davantage : Par cette raison, de toutes les tragédies, la
plus facile, a été le Siége-de-Calais ; comme la plus difficile était Bérénice. Une autre
Tragédie aisée était Zaïre, non par Orosmane, mais par sa Captive, parce Viciall descend au dernier degré de la misère : Mahomet était encore
facile. Un Homme-du-commun devenu grand par son courage de Enthousiaste, des
Princes élevés en Esclaves avilis, & destinés au parricide ; voilà des
causes de l’intérêt le plus vif. Warwik et Gustave étaient des sujets heureux, qu’on a mal-rendus. Ne
mettez que les Monarques rayonnans dans une Tragédie, et défier Apollon & Melpomène
réunis, d’en faire une pièce intéressante, etc. Les Anglois ont senti cette
vérité, il y a long-tems ; et leur Shakespear n’est pas si disparate qu’il plaît au Français
dédaigneux de le dire. Pour moi, j’aime ses prétendus défauts, et j’ai de mon
avis une grande Nation, les Compatriotes de Pope, de Swift, de Newton, d’Addison, et de tant d’autres Grands-hommes. Pour Nanine est-elle si
touchante ? D’où vient applaudît-on si souvent aux Comédies-ariettes ?…… Mais
pour celles-ci, on me dira, que c’est un autre genre de plaisir, et que les
Gens plus-élevés, voient avec satisfaction des conditions inférieures, qui leur
font sentir plus-vivement le bonheur & les prérogatives de leur situation.
Je le veux ; Eh-bien donc, si dans les Contemporaines, je présente aux Grands des Avantures où les
Personnages leur soient inférieurs, ils goûteront ce même genre de plaisir.
Mais j’ai quelque
chose de mieux en-faveur de ces Nouvelles : c’est que les Crébillon, & les autres Auteurs de cette trempe, qui ont
peint les mœurs du Grand-monde, ont travaillé d’après leur imagination : Point
de faits vrais ; ils ont pris le résultat des mœurs, pour en composer des
Histoires morales vraisemblables, mais outrées. Je ne prétens pas dire qu’ils
aient eu tort ; loin de-là ! je sens, je conviens tout-haut, qu’ils ont fait ce
que doit ordinairement faire le Littérateur amusant ; ce que tous les bons
Romanciers ont fait avant eux ; cette manière est également agréable et
instructive : Mais elle a été dangereuse ; elle a étendu les ridicules, et les
a rendus réels, d’exagérés qu’ils étaient.
Considérée comme
utile, cette manière n’est pas la seule ; il en est une autre que je
n’entreprendrai pas de mettre au-dessus, mais qui est sans danger. Telle est
celle de l’Auteur qui a la patience de recueillir les faits, qui a la modestie
de les rendre fidèlement ; qui, esclave de la vérité, comme le compilateur le
plus sévère, ne se permet pas de s’en écarter. Tâche plus pénible qu’on ne
croit ! Quels sont les avantages de cette seconde méthode, qui fournit à
l’amusement et à l’instruction, des Productions d’un genre différent de la
première ? J’en-vois de considérables. Elles ont le mérite du Peintre qui imite
la Nature ; il n’y a pas de différence. Elles ne tiennent pas continuellement
l’esprit dans l’espace des rêveries et des chimères ; elles accoutument la
Jeunesse qui les lit, à voir les effets des passions dans leur réalité, laids
ou agréables, heureux ou funestes, sans déguisement, sans parure, sans
hyperbole : Ces productions, multipliées au-point où j’ai porté les miennes,
donnent un corps de faits, qui prouvent les mœurs de la manière-de-penser du
siècle, quand Celui qui les a recueillis n’aurait pas été répandu dans le
grand-monde, dès qu’il a rapporté fidèlement, il a peint : Il y a même un
avantage ; c’est que son ignorance l’aura empêché de farder les physionomies,
de les dégrader, ou de les perfectionner. Je vais plus-loin ; j’ose dire, que
pour peindre la nature, il faut abandonner les Hautes conditions, où la nature
n’existe plus, depuis environ le commencement de ce siècle ; ou même depuis la
magnificence de Louis-XIV. Il est certain que les mœurs communes, les mœurs
bourgeoises, et mêmes campagnardes étoient autrefois les mœurs de tous les
états. Les Grands les ont quittées, ces mœurs, pour en-prendre d’absolument
factices, mais qui ne peuvent subsister ; elles ont moins de solidité que les
modes, elles ont autant de nuances, et passent aussi vite. C’est dégrader le
Genre-humain, avilir l’art d’écrire, que de l’employer à fixer ces mœurs
fugitives, et à en-propager le ridicule. Voilà réellement ce que je pense.
Enfin, si j’ai eu des Détracteurs, une m.e d’Asné par-exemple, j’ai eu des
Femmes sensées absolument pour moi. — J’aime ses Romans, disait une Dame
respectable ; les choses y sont arrangées de façon qu’on en sent bien-plus le
vrai que le vraisemblable. — Voilà le mot ! j’admire souvent, comme les Femmes,
sans nos connoissances, ont le goût infiniment sûr, et mettent le doigt sur la
chose ! Mais les Femmes ne sont pas les seules qui aient rendu-justice à ces
Nouvelles : des Gens instruits, des Professeurs, les ont mises au-dessus de
tout ce qu’on nous a donné dans ce genre.
Pour moi, je leur
trouve un avantage inappréciable ; c’est qu’elles n’ont pas ce genre d’intérêt
fatigant, pénible, absorbant des Romans de Villiers, de Prévost, etc. M.me
Riccoboni elle-même, cette Femme-de-lettres, qui fait une si glorieuse
exception aux talens d’emprunt dont parle J.-J.-R., ne s’est pas assez garantie
de ce genre d’intérêt, dans quelques-uns de ses Ouvrages ; je ne les indiquerai
pas ; je dirai seulement, que l’intérêt de Miladi
Catesby, est du bon genre, ainsi que
celui d’Ernestine, petits Ouvrages charmans, qui passeront à la
Postérité comme des modèles d’élégance et de bon-goût. Mais si je suis persuadé
que je n’ai pas écrit d’une manière à satisfaire tout le monde, je crois
qu’aumoins j’ai un autre mérite bien rare ! c’est de faire penser ; c’est
d’indiquer à chaque Lecteur si clairement ce qu’il aurait fallu, pour faire un
Ouvrage parfait, qu’il n’en-est aucun qui ne donne généralement le plaisir
d’avoir plus d’esprit que moi. Si je l’ai fait par adresse, il faut avouer
qu’on ne saurait en avoir davantage, et une plus-obligeante !
Ce qui doit
singulièrement frapper dans cette seconde Suite, c’est qu’elle est un cours de
moyens pour être heureux en ménage, tout y paraît tendre à ce but sacré.
Mais, dira-t-on,
quelle est l’utilité de ces Histoires, et des Romans en-général ? C’est
au-moins du temps perdu……..
— Honorable
Lecteur, y avez-vous trouvé du plaisir ?….. Ce n’est donc pas un temps perdu !
le Genre-humain serait bien malheureux, si tout le temps donné au plaisir était
criminel, ou mal-employé ; eh-mais le but de tous nos travaux est le plaisir !
L’honneur, la gloire, la vertu même sont des genres de plaisir, tout-comme
l’amour, l’amitié, les spectacles, la bonne-chère, et le jeu. Mais j’ai
quelque-chose de plus satisfaisant à répondre à ceux de mes Lecteurs, dont la
morale est sévère Experto credite Roberto : Je sais très-certainement que les Romans
en-général, adoucissent les mœurs, en-éloignent la brutalité, et substituent
des passions plus-agréables aux passions féroces. J’ai vu produire des effets
prodigieux en ce genre par les romans de m.me De Villedieu, sur des Jeunes-gens
grossiers de ma Province ; je les ai vu s’attendrir, pleurer, quitter la
crapuleuse ivrognerie, l’insatiable gourmandise, etc., devenir tendres, polis.
Les Romans de m.me Riccoboni sont encore supérieurs à ceux de Villedieu, et doivent
produire de plus puissans effets : Ceux de Marivaux sont dans le cas de ces
derniers : Ceux de Le-Sage, quoiqu’excellens, comme le Gilblas, n’ont pas le
même but ; mais ils sont capables de produire d’autres bons effets.
À-la-vérité, ceux de Crébillon ont propagé le ton outré, le langage, les mœurs
corrompues du Grand-monde ; et les ont fait passer dans toutes les classes de
la Société : il ne faut plus cultiver ce genre : que ses Romans subsistent,
comme un tableau fidèle ; mais que nos Romanciers abandonnent cette manière
dangereuse : Cependant, je ne connois pas de Traité de morale, qui vaille la
scène entre Zulica, Mazulhim et Narsès. Mais c’est assez ; tout-cela ne fait
qu’étendre des manières, qui ne peuvent devenir que ridicules, en passant de
nos Sylphes du premier rang, aux Gnomes des conditions communes…….. Au reste,
si toutes ces raisons ne paroissent pas suffisantes, j’ai ouvert la carrière ;
Quelqu’un peut faire ce qu’on exige de moi.
[Nicolas-Edme
Rétif de la Bretonne]
(*) Dans les XXVIII I.res Nouvelles,
la Première, la Seconde, la Douzième, la Treizième, la Seizième, et la
Vingtième ont pour Héros des Personnes de la première condition ; les
Troisième, Quatrième, Cinquième, Septième, Quinzième, Dixhuitième, Vingtième,
Vingt-troisième, Vingt-unième, Vingt-cinquième et Vingt-huitième sont prises
dans une classe distinguée de Citoyens ; reste donc les Sixième, Huitième,
Neuvième, Dixième, Onzième, Quatorzième, Dixseptième, Dixneuvième et Vingtième,
qui sont prises dans la seule Bourgeoisie ; où dont le sujet a quelque-chose de
moins-relevé : c’est à-peine le tiers ! On a donc eu tort de me reprocher le
peu d’élévation de mes Personnages.
Mis en ligne le 19 février 2026 par Bertrand Hugonnard-Roche | Tous droits réservés.
Résumé
Dans le texte qui ouvre Les Contemporaines, signé « Timotée Joly », Rétif de la Bretonne répond aux critiques adressées aux premiers volumes. Il ne se contente pas de se justifier : il explique clairement ce qu’il cherche à faire. Il refuse que son œuvre soit prise pour une suite d’histoires scandaleuses ou pour un roman mondain, et affirme au contraire qu’elle repose sur des faits réels, soigneusement transformés afin de protéger les personnes et d’éviter toute reconnaissance directe.
Ce procédé de déguisement n’est pas un simple artifice littéraire : il a une visée morale. Il permet de raconter des histoires vraies sans nuire aux individus, tout en conservant leur valeur d’exemple. Rétif choisit surtout de s’intéresser aux gens de condition moyenne, qu’il juge plus représentatifs de la société que les grands seigneurs ou les plus misérables. C’est selon lui dans ce milieu que l’on observe le mieux les comportements, les passions et les erreurs humaines.
La préface contient également une critique du roman mondain et de son style léger, associé à Crébillon, que Rétif estime séduisant mais dangereux, parce qu’il propage les mœurs de l’aristocratie dans toutes les classes sociales. À cette écriture brillante, il oppose un style plus simple, volontairement sobre, tourné vers l’instruction morale plutôt que vers le divertissement. Il défend enfin l’idée que le roman peut être utile à la société, en contribuant à améliorer les mœurs et, dans Les Contemporaines, en donnant des leçons concrètes sur le bonheur dans le mariage.
Ce texte d’ouverture apparaît ainsi comme une déclaration d’intention : Rétif y affirme ses ambitions morales et sociales, tout en laissant déjà percevoir certaines contradictions de sa pensée, notamment dans sa manière de concevoir les relations entre hommes et femmes.
Reproduction des pages de la seconde édition du texte transcrit en début d'article











Commentaires
Enregistrer un commentaire