Il faut que le mariage soit une terrible chaîne ! Heureusement les jeunes filles en ont envie, et les jeunes garçons naïfs, sans expérience, s’y laissent prendre par la curiosité, l’espérance d’un bonheur durable : tandis que les récapés demeurent célibataires, et n’en sont un jour que beaucoup plus malheureux.
Il
faut que le mariage soit une terrible chaîne ! Heureusement les jeunes filles
en ont envie, et les jeunes garçons naïfs, sans expérience, s’y laissent
prendre par la curiosité, l’espérance d’un bonheur durable : tandis que les
récapés demeurent célibataires, et n’en sont un jour que beaucoup plus
malheureux.
Voilà cent soixante et une nouvelles,
dans lesquelles je propose, tantôt un moyen de bien choisir ; tantôt celui de
se bien conduire après le choix et le mariage : mais Les abus sont si
multipliés, que je suis encore loin d’avoir indiqué tous les remèdes. Par
exemple, dans la 166e nouvelle, j’expose désintéressément le moyen
répréhensible que prit un homme pour parer aux inconvénients du mariage : mon
but (car j’en ai toujours un utile aux mœurs) est d’engager quelqu’un doué de
l’esprit d’observation, qui ait une expérience longue et sûre, à trouver un
expédient véritablement efficace pour obvier aux inconvénients d’une union
sainte et nécessaire ; et afin qu’on ne tombe pas dans des redites, je vais
mettre ici la liste de ceux que j’ai proposés dans ce long, et cependant trop
court ouvrage, puisque je n’y dis pas la moitié de ce qu’il y aurait à dire.
I. Anéantir les dots : neuf
des premières nouvelles sont employées à prouver qu’il le faudrait ; savoir :
la 3, la 5, la 10, la 22, la 27, la 36, la 42, la 55, la 71 ; et parmi les Contemporaines
communes, presque toutes ont ce but.
II. Que les femmes soient soumises
: on voit les avantages de cet adage naturel dans les 31, 32, 44, 58, 96
nouvelles, et dans les suivantes passim.
III. Combien il est avantageux qu’un homme
forme sa
femme : on peut voir, à ce sujet, la 1, la 16,
la 20, la 21, la 34 et la 50 nouvelles.
IV. Qu’il faut aimer, en se mariant, non
par passion seulement, mais par estime et par adoration : les 2, 4, 7, 8, 11, 12, 13, 14, 25,
26, 35, 36, 37, 43, 48, 51, 52, 53, 54, 57, 59 et 86 nouvelles établissent
cette vérité par l’exemple.
V. Qu’il ne faut jamais forcer une fille
à se marier contre son inclination : les 40, 41, 61 et 64 nouvelles montrent les malheurs qui
peuvent en résulter.
VI. Qu’il ne faut pas qu’une fille
devienne trop familière avec un autre homme que celui qui la peut ou la doit
épouser : c’est
pour le prouver que sont faites les nouvelles 18, 19, 30, 39, 47, 60, 75 (dans
la Quinzaine), 89, 95 et 97.
VII. Qu’une femme insubordonnée est
toujours une libertine, ou une méchante mère : à cette occasion, on peut voir les 6,
28, 33, 46, 63, 100 et 152 nouvelles.
VIII. Combien une jeune personne doit
être prudente dans le choix d’un mari, et un mari dans le choix d’une épouse, pourrait être le titre des 15, 17, 76
(la Vingtenaire), 84, 85, 86 nouvelles.
IX. Que quelquefois la jalousie produit les plus grands malheurs : on s’est attaché, dans cet ouvrage, à
excuser cette funeste passion ; mais pour prouver qu’on n’a pas entendu la
disculper entièrement, sous aucune de ses faces, il n’y a qu’à lire les 62, 68,
69, 81 et 97 nouvelles.
X. Qu’une femme qui aime tard, aime
toujours malheureusement
: voyez les 77, 78, 79, les Trentenaire, Quarantenaire,
Cinquantaine,
et même la Soixantenaire,
enfin la 107e nouvelle.
XI. Les femmes doivent savoir que les
caprices sont la marque d’un mauvais caractère, et qu’ils tournent au malheur
de celles qui les ont
: les 38, 49 et 74 en fournissent des exemples frappants.
XII. Si l’on réunissait plusieurs
ménages, on ôterait au lien conjugal sa monotonie, et on en prolongerait le
charme : c’est ce
que prouve la 10e nouvelle (1).
XIII. Le mérite et la beauté peuvent
suppléer à la fortune
: on en voit un exemple singulier dans la 22e nouvelle.
XIV. Une fille élevée en homme, ou qui en
aurait les sentiments, n’est pas propre au mariage : 24e nouvelle.
XV. Une mauvaise épouse est mauvaise mère : 9e nouvelle.
XVI. Une honnête femme est soumise même
avec un mari sot :
45e nouvelle.
XVII. De bons parents ne forcent jamais
la vocation de leurs enfants
: 66 et 69 nouvelles (troisième exemple des sœurs jalouses).
XVIII. La parure fait disparaître la
difformité : 72e
nouvelle.
XIX. Le hasard sert quelquefois mieux en
mariage que le choix réfléchi
(mais cependant qu’on ne s’y fie pas !) : 94 et 102 nouvelles.
XX. L’amour indiscret ne doit pas être
écouté : 70, et
dans la 73e nouvelle, La Fille en cage.
XXI. Il faut éviter les filles
entretenues : 89,
93 nouvelles.
XXII. Une femme ne doit pas être titrée,
ni faire porter son nom à son mari : (98e nouvelle).
XXIII. Quand une fille a tant fait que de
manquer de sagesse, en se donnant à un homme, elle perd tout ce qui lui reste
d’estimable, si elle n’est pas plus réservée qu’une autre femme : 23e nouvelle.
XXIV. Le mari et la femme doivent être
indulgents l’un pour l’autre, s’ils veulent vivre heureux et tranquilles : 103e nouvelle.
XXV. Une femme mariée doit bien prendre
garde aux ressources qu’elle emploie, même pour se tirer de la misère, si elle veut
conserver son honneur :
101e nouvelle.
XXVI. Si la fidélité conjugale
n’existait pas, il y en aurait une dans le libertinage, pour que tous les nœuds
qui unissent les deux sexes ne fussent pas rompus : 105e nouvelle, etc., etc., etc., etc.
On voit par
cette révision qu’il est peu de nouvelles dont le but ne tende à une très
grande utilité. Si quelquefois, comme dans la Sympathie paternelle, ce
but est généralisé, c’est pour varier la manière et n’avoir pas toujours l’air
pédagogue.
J’espère donc
que l’honorable lecteur me passera la nouvelle suivante et quelques autres, où
ce but n’est pas aussi visible que dans les citées nouvelles.
Il faut
varier, quoiqu’en disent les puristes en morale ; qui devraient quelquefois se
persuader qu’un ouvrage a un but utile, dès qu’il a plu et qu’il a fait passer
quelques moments agréables.
Toutes nos
actions ont le plaisir pour terme ; en cela nous sommes tous épicuriens dans la
pratique (*) : si la lecture d’une nouvelle nous a menés jusque-là, elle est
utile par cela seul ; mais c’est une perfection de l’être doublement.
(1) Dans le Nouvel Abélard, le modèle
intitulé La
Partie carrée a le même but.
(*) Sua quemque trahit voluptas.
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