Petite jérémiade amoureuse de Rétif de la Bretonne placée en tête de la 131e Nouvelle des Contemporaines intitulée "La Petite-Ecaillère".

 



"Je te bénis, Amour ! sentiment délicieux ! je te bénis ! Qui ne t’a pas éprouvé, avec cet excès qui secoue toute l’âme, qui la lance hors d’elle-même et l’attache à l’objet de la brûlante ardeur, n’a pas vécu ; vil automate, il fait nombre encore dans la classe des machines !…

Amour ! tu m’as rendu malheureux en me faisant adorer Sara ; mais avant qu’elle me rendît malheureux, quel bonheur ne m’avait-elle pas donné !…
Ingrate Sara ! je serais plus ingrat que toi si je cessais de t’aimer ! tu m’as rendu plus heureux qu’un mortel ne peut l’être ; en devenant infidèle, tu m’as rendu malheureux ; mais je te défie d’égaler mes peines aux plaisirs que tu m’as procurés !…
Ô Amour ! toi qui égales les bergers aux rois, c’est toi qui rendis une petite écaillère l’arbitre du sort d’un Midas : je l’ai vu, soupirant à ses pieds, vaincu par ta puissance, attendre d’elle, et de toi, la faveur d’un sourire !"


Rétif de la Bretonne, in Les Contemporaines, volume XX. 

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